La « cécité des rivières » se rappelle à
nos consciences à la lecture des articles du docteur Kabiné
Kaba [1,2], au moment même où apparaît une résistance
accrue au seul médicament efficace : livermectine.
Cest lAfrique de lOuest qui est la plus touchée
même sil existe une population infectée en Amérique
centrale et du sud, soit 37 millions de personnes et 46 000 nouveaux cas
de cécité chaque année dans le monde.
De 1970 à 1980, lemploi des pesticides contre le vecteur, un
petit moucheron noir appelée simulie (
Simulium damnosum et
S. naevi en Afrique ;
Simulium callidum ,
S. metallicum
,
S. ochraceum en Amérique centrale et du Sud) était
le seul moyen daction contre la maladie. Puis en 1987, lutilisation
de livermectine a permis un traitement personnalisé sans apporter
de solution définitive dans les zones dendémie. Et
effectivement, des résistances sont apparues.
Cette façon simple dexpliquer le présent et de préparer
lavenir contraste avec la complexité de linterprétation
des peuples de Guinée. Conseils de sages, rites de purification,
prières ; tous les détails comptent car, plus que la maladie,
cest la catastrophe économique qui est au premier plan et le
diable est dans les détails
L insecte hématophage laisse une petite tache rouge sur la peau.
Elle sestompe, puis un jour on ne peut plus sortir de chez soi
quavec laide dun guide, parfois à plusieurs
traînant derrière lui.
Apres le travail dintrospection inutile fait par la communauté
se pose la question de léducation et de médicaments
éventuels. A la lecture du texte, on se demande quel secours ces
populations peuvent attendre dune meilleure instruction tant la salle
de classe ressemble surtout à un cimetière. Peut-on attendre
mieux dun homme providentiel qui, suivi dune poignée
dadeptes, réalise des « opérations » et vend
de la tisane ?
Mais cest du fleuve lui-même quarrive la solution, sous
la forme dune pirogue remplie de « missionnaires » terme
à la fois religieux et médical
Les missionnaires sont
les bienvenus, dabord pour des raisons économiques : ils ne
coutent rien au village et sont plus avantageux que les dieux . Les villageois
font limpasse sur leurs aveugles et se réjouissent pour leurs
futures générations.
Le fleuve pourtant na pas tout donné, le répit nest
que temporaire ; pas assez pour oublier les cicatrices du passé ni
pour mettre les jeunes définitivement à labri et cest
au moment où le récit sachève que le notre commence
: rien nest fini.
La suite inscrira la médecine dans le développement durable,
un mélange décologie et de progrès technique avec
un zeste de résignation rendu possible grâce à
léducation. Maintenant que les enfants des écoles sont
instruits des méfaits du passé, il faut leur faire avaler la
pilule de lavenir juste avant de se faire chasser au nom de lhomme
providentiel qui na fait les choses quà moitié.
Ne faire que la moitié des choses, cest déjà tellement
pour une petite association qui ne publie dans les pages de son site Internet
quune infime partie de toutes les destinations possibles, quune
infime partie de toutes les initiatives quon aimerait proposer.
Présidente d'Ophtalmission
Dr Lina Dutca
Octobre 2007
1. Onchocerchose : de la croyance populaire à la causalité.
2. Une solution pour les Tyérèkas.